[Partie 2 - INDE] Mumbai - Pune

Pravin, c'est l'un des chauffeurs du campus. Il a donc fait 3h de route de Pune pour être à l'Aéroport de Mumbai à 5h10. Il m'emmène dans l'espèce de parking et me fait entrer à l'arrière de la grosse Toyota blanche.
Il fait toujours nuit et je suis super fatigué. Mais j'ai prévu de dormir dans la voiture. Ça tombe bien, Parvin me dit qu'il faut 5h de route pour le retour. Mais on m'avait jamais dit pour la circulation indienne.

Quand j'y repense, j'avais des indices. Pravin, c'est cool comme nom. ca fait "mec dévoué", qui te tire toujours des emmerdes.

- Pour ton affaire, appelle Pravin. Il t'y menera en un rien de temps !

- Pravin ! Qu'est-ce tu fous ? T'es où ? Ils me colle au train ! GROUILLE !

Et puis la grosse Toyota, un peu sportive avec les sieges en cuir ...
Dès qu'on s'est mis à rouler, j'ai compris pourquoi y'avait une école de jeux vidéo dans ce pays.

Les mecs vont developper le prochain GTA : GRAND THEFT AUTO INDIA

Et dorénavant, je ne parlerais plus de "chauffeur" mais de "pilote".

Il y a une citation de ce grand scientifique qui m'est venu à l'esprit :

- Là où on va, on a pas besoin ... de [code de la] route. *ajuste ses lunettes en feuille d'alu*

Avant même un quelconque retour visuel de l'action, c'est l'auditif qui prime : le klaxon.
Les indiens prennent cette instrument de communication dans sa définition la plus strict, un avertisseur sonore. Bien évidemment, ça surprend d'entendre l'utilisation frénétique de ce truc, comme l'on peut l'être d'un mot à la prononciation commune dans deux pays mais à la signification totalement différente.
Prenez notre très festif "tchin tchin" et bien au Japon, un japonais va vous faire des yeux rond incrédule et un peu gêné, vu que vous venez de dire "zizi".
Autre exemple, en hindi, "chiotte" voulant dire "pute", "Je vais aux chiottes" est tout de suite vachement plus drôle (de mon point de vue).
Et bien le klaxon indien, c'est pareil. Là où en France, ça veut plutôt dire "HE ! MAIS AVANCE, CONNARD !!" en Inde, c'est plutôt : "Attention, je déboule sur ta droite" ou "Je traverse, ralentit" ou encore "SI tu m'a pas vu, je suis sur ta droite et tu es à cheval sur la presque invisible ligne blanche, donc décale toi".
Oui, le klaxonais, c'est comme pour toute les autres langues : parfois un simple "pouet pouet" peut en dire beaucoup.

Vous savez que selon le mode de vie de chaque pays, y'a des business plus ou moins important d'un pays à l'autre. Et bien le klaxon en fait parti (au même titre que les hélicoptère au plafond et les purificateur d'eau)
Y'a des mélodies de klaxon que j'avais jamais entendu et pas une seule Cucaracha !
Je me suis pris a imaginer, tout le long du voyage, que peut -être on pouvait choisir la note de son klaxon, à l'achat d'une voiture, comme une option.

- Nous avons cette Toyota Innova.
- Le klaxon est en quoi ?
- Sur ce modèle, c'est un Do dièse, monsieur, mais pour 3000 roupies, vous pouvez le modifier.
- Oh très bien ! je préfèrerais un Fam7sus9.
- Attention, si vous souhaiter un accord, ce n'est plus le même prix !
- Suis-je bête ! Je vais donc rester sur une gamme mineur et prendre un La bémol, alors.

Du coup, en conduisant, on pourrait essayer de tous klaxonner en rythme et jouer, je sais pas moi, "Highway to Hell"par exemple.

Je pense que conduire en Inde c'est l'assurance de gagner 4 ou 5 niveaux d'expérience d'un coup et quelques compétences, genre "vision omnidirectionnelle", "oeil anti-phare", "sang azote liquide" ou "précision". Pourtant, ils roulent pas vite, 40km/h sur l'autoroute, tout le monde à 60. Non, c'est tout le reste.

Je sais pas par quoi commencer ...

Prenez une route. Elle a une certaine largeur, goudronnée, y'a un marquage au sol et de la signalisation.
Les voitures ont des clignotant, suivent une voie et respectent les distances de sécurité.

Prenez une route indienne. Elle a une largeur variable, goudronnée à la louche, le marquage au sol apparait parfois et y'a un panneau plus ou moins visible tout les 10km.
Les voitures ont des clignotants mais les indiens ne semblent pas au courant, ils suivent des voies qui n'existent que dans leur tête (une pour chaque tête, hein) et respectent les distances de sécurité de jeunes complètement beurrés dans une boite de nuit.

C'est Tetris : là, où y'a d'la place, y'a un véhicule, donc une même route devient aléatoirement une deux, trois ou quatre voies. Chacun pour sa gueule et gratter 10m via une accélération en slalomant entre deux camions et une moto, c'est la règle.
Tout comme rouler à contre sens. Marquage au sol ou non. Par exemple, s'ils avaient des rond-points, ils les prendraient en sens inverse si leur sortie est plus proche comme ça.
Le tout en klaxonnant.

J'avoue que moi, j'alternais entre l'hilarité et les coups de flippe, mais j'ai jamais perdu confiance. Mon pilote, c'est son pays et c'est son boulot. Enfin, ça fait quand même bizarre de pouvoir voir les poils de nez du passager de la voiture voisine ou d'apercevoir un moteur de bagnole a la périphérie de ton champ de vision.
J'ai une petite liste de trucs rigolo que j'ai vu :

  • un panneau, sur l'autoroute, demandant aux camions de ne pas s'arrêter, avec bien sur, un camion à l'arrêt 50m plus loin.
  • Toujours sur l'autoroute, un panneau qui demande au poids-lourds de serrez à gauche (je rappelle qu'en Inde, on roule à gauche, comme en Angleterre ou au Japon). Évidemment, c'est à ce moment là qu'on est passé ENTRE deux énormes camions sur la voie du milieu que mon pilote avait inventé. On a continué à slalomer sur 10km. Un mec poussant une charrette remplie de bananes en plein milieu de la route.
  • Des couples sur un scooter, sans casque featuring la femme assise en amazone avec le gosse dans les bras.

Et le plus drôle, qui m'a fait éclater de rire, tant c'est absurde et révélateur :

  • Des affiches collés sur certaines bagnoles, agence de chauffeurs sûrement, demandant d'appeler un numéro ... si l'on constatait que ce véhicule se comportait mal sur la route ou avait une conduite dangereuse.

Bref, je vais m'arrêter là sur la circulation, mais j'y reviendrais souvent, pas de souci.

Parlons du paysage.
Concernant Mumbai (et Pune ensuite), ce qui frappe, c'est qu'il n'y a aucune hiérarchie dans les constructions. On peut avoir un super immeuble et à son pied, des bâtisses toute pourris, coller les une contre les autres avec des gens qui y vivent, dans la terre, la boue et les poubelles. Il n'y a pas de quartier bourgeois ou quartier pauvre, non, c'est tout mélangé, c'est la jungle, avec des slums (bidonville) qui surgissent d'un coup, à l'arrache, dès que qu'on tourne la tête.
Je dois dire que c'est moche, vieux, factice et sale.
Le paysage naturel aussi n'est pas fantastique. Il y a sans cesse une espèce de brume matinal permanente qui te bouche l'horizon. Parait qu'elle disparait seulement à la mousson. On verra bien.
Et puis c'est pollué. Passer au dessus d'une rivière ou d'un simple cours d'eau, ça m'a rappelé ma primaire à Pontcharra quand on devait traverser la Turdine pour aller a la salle des fête. La même odeur, mais la Turdine était plus coloré (maintenant, on s'en sert pour faire la bière du Ninkasi :D). Ici, c'est noir et y'a des poubelles de partout. Y'a un aspect dépotoir géant. Chais pas, p'têt que j'y trouverais Kooky ?

On s'est arrêté pour bouffer, sur une aire d'autoroute. Pour ma part, ça m'avait tout l'air d'un morceau de Mumbai qu'une douzaine de gars avait transporté jusqu'ici vite fait.
Y'avait des putes, euh ... des chiottes, mais heureusement, j'étais clean des intestins et c'était donc pas aujourd'hui que j'allais devoir me torcher de la main gauche.
Pravin m'a demander si je voulais boire un truc, j'ai pris un thé parce que j'avais vu que c'était une machine Nespresso plutôt neuve. Ben oui, on m'a dit qu'il fallait faire gaffe à la bouffe et pas la prendre n'importe où. Et moi, je trouve que je suis justement en plein milieu de n'importe où.
Surprise, le thé est sucré et y'a du lait, j'aime beaucoup. Mon pilote m'amène dans une sorte de resto, mais j'avais pas trop envie de manger, rapport à n'importe où et parce que ça avait aussi une gueule d'un truc à t'épicer les tétons.
Soudain, j'aperçois des sandwichs, façon Anglais, qui me paraissent safe. J'en prend un et on retourne dans la bagnole.
Oh, j'ai oublié de préciser que ça y est, le jour s'est levé (c'était 8h) et qu'il fait déjà plutôt chaud.
Là, je dépiotte le cellophane de mon sandwich, mord dedans et je sens mes tétons qui s'épicent.
Putain de fourbes.

J'ai somnolé une bonne partie du reste du voyage, vu que dormir vraiment est un peu compliqué entre les klaxons, les embardées, la route pourrie, les virages brutals, etc. et on est entré dans Pune. Je m'attendais à une ville moderne, vu qu'on l'appelle la Petite sIlicon Valley, mais non. C'est pareil que Mumbai, mais avec des constructions d'immeubles en court, affublées d'immenses panneaux d'affichage ventant les méritent d'une vie saine à la campagne avec jardin et techno de pointe. Pas un mot sur le slum tout autour.
Ca te met un peu mal à l'aise.

Une heure pour traverser Pune via les petites rues puis la Solapur Road. L'autoroute principale qui traverse la ville, celle qui cumule toute les caractéristiques d'une route indienne, les charrettes de vaches et les 300 motards en plus. J'ai jamais vu, dans une vielle, une concentration de motos aussi grosse. Les manif' de Bellecour à coté, c'est trois potes en Solex. Et ils klaxonnent aussi. Par contre, ils n'en sont pas encore aux polyphonie corse monté en série : c'est le même cri de Pingu que ma vieille 103.
C'est là où j'ai vu qu'on pouvait aussi roulé sur les pseudo-trottoir (des bandes de terre pas goudronnées généralement dévouées au piétons et aux chèvres) et doubler les voitures à l'arrache par la gauche.

Puis vient le péage, posé là, sûrement parce qu'il en fallait un quelque part. Alexim, vous en entendrez parler encore puisque c'est le gars qui m'a recruté, m'a glissé que lui, il passe tout droit sans payer. Enfin, non, quand le gars tend la main pour recevoir l'argent, il lui la sert. Il est poli, AlexiM.
C'est tout con en fait, Le campus est à 300m et y'a que cette route pour aller au centre de Pune. C'est un peu comme si t'avais que le Périph' pour faire Villeurbanne - Lyon.
Bon, en fait, y'a un raccourcit, mais je vous en parlerais un autre jour.

Après un vieux demi-tour d'une logique tout indienne, on arrive sur le campus. C'est immense, c'est plat, c'est excentré et c'est ... calme.
J'ai eu l'impression d'avoir changé de pays. Les bâtiments flashouillent, sont moderne. T'as tout le pognon et les contrastes qui t'explosent à la gueule.
On passe DEUX barrages de sécurité, puis Pravin me dépose devant le batiment de l'administration, où se trouvent les appart' réservé au profs. je récupère ma valoche, Pravin va chercher mes clés et me mène vers mon nouveau chez moi, au troisième étage.
Je me trouve dans un truc immense, neuf, propre avec deux hélicoptères de plafond. Il me fait visiter et quand il parle, ça résonne un peu.

Puis il s'en va.

Je suis en Inde et je suis arrivé.

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